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Le livre n’est pas une dépense optionnelle dans les écoles

22 avril 2026
Le livre n’est pas une dépense optionnelle dans les écoles

Montréal, 22 avril 2026 – Au Québec, nous aimons dire que l’école est le creuset de notre culture et de notre avenir collectif. Or, un signal d’alarme vient d’être lancé : la dilution des budgets consacrés à l’achat de livres en milieu scolaire menace directement la réussite éducative et l’accès équitable à la lecture, au moment même où les études se multiplient et indiquent une diminution importante des compétences écrites en français.


Rappelons les récents développements. La semaine dernière, plusieurs médias rapportaient que les enveloppes dédiées à la culture en milieu scolaire seraient dorénavant fusionnées avec d’autres priorités (dont les activités sportives), au nom de «l’autonomie scolaire». Présentée comme une simplification, cette décision met en péril un équilibre patiemment construit depuis des décennies.

Les budgets protégés consacrés à l’achat de livres ne sont pas un luxe administratif. Ils répondent à un constat maintes fois documenté : sans balises claires et dédiées, le livre devient la première variable d’ajustement dans un contexte de contraintes budgétaires.

Les données récentes le confirment. En 2025, les achats de livres des collectivités ont chuté de près de 10 % en unités. Concrètement, ce sont environ 250 000 livres qui n’ont jamais rejoint leur public, les jeunes, principalement dans les classes et les bibliothèques scolaires.

Un livre sur dix manque à l’appel. Cette réalité frappe d’abord les élèves et leurs enseignant.e.s, mais elle ébranle aussi toute la chaîne du livre québécois, puisque les ventes institutionnelles de livres d’ici ont reculé de près de 12 %.

L’absence de réponse du ministère de l’Éducation aux questions soulevées par le milieu du livre et de la bibliothéconomie scolaire alimente l’inquiétude. Les scénarios les plus défavorables deviennent plausibles.

Au-delà de la fusion des enveloppes, un effet de levier essentiel risque de disparaître : la subvention destinée à l’acquisition de livres pour les bibliothèques scolaires repose actuellement sur une contribution minimale des écoles. De ce que nous comprenons à l’heure actuelle, cet apport pourrait disparaître, avec pour conséquence une réduction mécanique d’environ un tiers du budget global consacré au livre, avant même que les sommes restantes ne soient soumises aux arbitrages locaux.

Il serait naïf de croire que la fusion des budgets ne forcera pas les directions d’école à faire des choix impossibles. Face à des contraintes budgétaires bien réelles, des projets visibles ou ponctuels supplanteront inévitablement le renouvellement, pourtant essentiel, des collections.

Le livre à l’école constitue le socle sur lequel reposent tous les apprentissages. La littératie, la pensée critique et l’ouverture sur le monde ne sont pas des options au menu : elles conditionnent la réussite scolaire et la participation citoyenne.

Il y a aussi un paradoxe cruel à souligner. À l’heure où les experts en éducation sonnent l’alarme sur la surexposition des jeunes aux écrans, où l’intelligence artificielle transforme notre rapport au savoir et où la désinformation circule à une vitesse vertigineuse, le Québec choisit précisément ce moment pour fragiliser l’accès au livre dans les écoles, alors que les collections des bibliothèques scolaires constituent des ressources d’une part sélectionnées par des professionnel.le.s et d’autre part organisées de manière à favoriser la recherche dans un contexte pédagogique. C’est reculer exactement là où il faudrait avancer.

Priver les budgets du livre à l’école de leur caractère protégé revient par ailleurs à affaiblir la Loi 51 sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre, en rendant l’achat de livres opaque, non traçable et, ultimement, facultatif. Comment exiger une reddition de comptes et le respect des règles d’agrément si le livre disparaît dans une enveloppe globale?

La lecture n’est pas une dépense accessoire : c’est un investissement structurant pour réduire les inégalités et soutenir la persévérance scolaire. Fragiliser son financement, c’est appauvrir durablement notre écosystème éducatif et culturel.

Madame la première ministre, vous avez affirmé choisir d’agir et ne vouloir «reculer devant rien» pour protéger notre langue et notre culture.

Nous demandons donc au gouvernement de rétablir des enveloppes protégées et traçables pour l’achat de livres en milieu scolaire. Il est encore temps de réaffirmer une évidence : à l’école, le livre doit demeurer une priorité claire, protégée et assumée.


Signataires

  • Gabrielle Simard, directrice générale – Association des libraires du Québec (ALQ)
  • Benoît Prieur, directeur général – Association des distributeurs exclusifs en langue française (ADELF)
  • Marie-Noëlle Marineau, présidente – Association des écrivains québécois pour la jeunesse (AÉQJ)
  • Karine Vachon, directrice générale – Association nationale des éditeurs de livres (ANEL)
  • Ariane Régnier, présidente – Association pour la promotion des services documentaires scolaires (APSDS)
  • André Gagnon, directeur général – Fédération québécoise des coopératives en milieu scolaire (Coopsco)
  • Jean-Benoît Dumais, directeur général – Librairies indépendantes du Québec, coopérative (LIQ)
  • Hélène Hotton, directrice générale – Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ)
  • J’enseigne avec la littérature jeunesse (ELJ)

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